Brèves de Trottoirs emmène les internautes dans les rues de Paris, à la rencontre de personnages atypiques et chaleureux. Coup de projecteur sur l’initiative.


La genèse. Lancé en novembre 2009, Brèves de Trottoirs est le fruit de la rencontre d’Olivier (journaliste) et de Thomas (photojournaliste).Tous deux font un constat alarmiste sur leur métier, mêlé à une envie de réaliser un projet personnel. «L’état de notre profession est catastrophique. Il y a une réelle nécessité d'innover ! Nous avions également besoin de liberté. Internet s’est présenté comme le support idéal pour réaliser des portraits de proximité, réunissant vidéo, photos, sons et écrits». La loi de la proximité aidant, la plateforme web revêt rapidement une fonction sociale. Les deux compères illustrent ce phénomène par «l’hyper-localité» du projet. Selon eux, les documentaires ont permis aux internautes de dépasser leurs préjugés pour engager le dialogue avec des gens qu’ils stigmatisaient comme «fous», «sdf» ou encore «méchants». «Notre volonté est aussi de faire du « liant social » pour que les personnes d'un même quartier se parlent». L’«hyper-localité» est aussi liée à un manque de moyens. Pour des raisons financières, la première saison se déroule à Paris, lieu de vie des deux amis.
Le site. Visuellement parlant, Brèves de Trottoirs porte la patine du temps. La dominante marronâtre du site, les objets obsolètes, les murs décrépits…tout est là pour présenter les documentaires dans leur jus, celui du vécu. Lorsque les visiteurs poussent la porte en bois, moisie par l’humidité, ils accèdent à une carte de métro rétro. Celle-ci permet d’identifier Paris, les différents personnages et leurs quartiers. «Chaque visiteur crée un parcours selon ses envies». Le spectateur entre dans un climat d’hospitalité matérialisé par une collection d’objets fétiches, propre à chaque personnage. Quant aux portraits photo/vidéo, ils saisissent des scènes de vie quotidienne sur le trottoir et dans la sphère privée. Les cadrages serrés, la faible profondeur de champ, les contrastes exacerbés, accentuent l’effet de promiscuité et démultiplient la force des personnages. Poussez donc la lourde porte d’entrée... Immiscez-vous dans les vies de Violette, fleuriste anachronique, Elie alias le «Papy» qui «dance» pour ne pas sombrer, ou encore Patrick, le sdf boursicoteur...
La relation humaine.
L’aventure débute invariablement dans la rue. C’est là que s’opère, par le jeu du hasard, le repérage et la prise de contact: «C'est le critère principal pour figurer dans les
documentaires. Nous abordons les personnes qui se démarquent par leur activité, leur look, leur aspect marginal…Nous engageons alors une discussion informelle, pour en savoir plus. Si nous
sentons qu'il y a une histoire, c'est tout bon !». Pour pouvoir réaliser le doc, il faut instaurer un climat de confiance : «Nous faisons comprendre à nos personnages qu’il n’est pas
question de se moquer d’eux. Nous allons plusieurs fois à leur rencontre, juste pour faire un brin de causette. Au fur et à mesure, le courant passe et les personnages se livrent. Tout est
histoire de tact, de politesse et de patience». Une fois les portraits en boîte, les liens ne sont pas rompus. Les «Tronches» de Brèves de Trottoirs visionnent les sujets qui les
transforment, pour un temps, en stars du coin de la rue. Ils en conservent même des photos souvenirs. S’ils ne désirent pas dévoiler des pans de leurs vies, les deux journalistes respectent leur
choix. L’exploration s’éloigne de la relation journaliste/interviewé. Elle entre dans ce que l’on pourrait apparenter à une relation amicale, ce qui renforce la portée émotionnelle du
projet.
Les retombées. Pour
ces concepteurs, BDT est une réussite : «la sauce a pris. Le public a apprécié le premier documentaire sur Elie alias Papy Dance». A ce jour, la plateforme web compte en moyenne 7000
visiteurs uniques par mois, sans compter les "fans" et "suiveurs" des réseaux sociaux. «Tout ça reste relatif. Disons qu'on surfe sur une vague. Mais va-t-on tomber de notre surf ? La vague
va-t-elle se transformer en tsunami ?». Coté médias, les deux journalistes estiment que «les retours sont excellents». Des supports comme Le Monde et Canal+ se sont intéressés au
concept, initialement créé pour le web. Mais les deux fondateurs verraient bien leurs documentaires programmés sur le petit écran : «le format est particulier mais Paris Première, Canal +,
France 4, Voyages pourraient être des diffuseurs potentiels». Les deux amis ont de l’ambition et visent haut. Ils ne seront pleinement satisfaits que lorsque leur projet sera sélectionné
dans une manifestation d’envergure comme «Visa pour l'image» ou encore, quant leur travail sera exposé, un livre édité…
La galère. Tous leurs films sont autofinancés. A l’image de beaucoup de porteurs de projets, Thomas et Olivier peinent à lever des fonds : «Nous avons frappé aux portes des mécènes, des institutions publiques, d’entreprises…Résultat : nous n’avons pratiquement rien eu ! Au mois d’avril, nous avons quand même réussi à obtenir une aide financière du CNC(1). Mais c’est encore trop peu ! Il faudrait compter 150 000 à 200 000 euros pour développer le concept ». Des producteurs s'y sont intéressés, les deux journalistes ont voulu monter leur société de production mais cela n’a pas abouti. Ils pensent tout de même avoir trouvé la solution au problème : «Travailler avec des jeunes, comme nous, possédant leur structure et des idées plein la tête !»
«Brèves de Festival» fait son Cannes. Grâce à la «petite» bourse attribuée par le CNC, BDT s’exporte à Cannes durant le festival. «Nous avons un film présenté au Short Film Corner(2). Ca va nous permettre de gagner en visibilité et, éventuellement, de rencontrer des gens de l'industrie cinématographique. Nous y allons aussi pour réaliser des «Brèves de Festival». Nous partirons à la rencontre des excentriques, des décalés et des locaux». En attendant le résultat des pérégrinations cannoises, rendez-vous sur Brevesdetrottoirs.com
(1) Centre national du cinéma et de l’image animée
(2) Festival de courts métrages parallèle au Festival de Cannes
Photos : Thomas Salva-Brèves de Trottoirs
F.S pour Respect MAG
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